dimanche 13 mars 2011

L'impasse de la politique energétique française remise en cause par la catastrophe au Japon.

L'impasse de la politique energétique française remise en cause par la catastrophe au Japon.
A l'heure où le Japon est victime d'une catastrophe nucléaire sans precedent, suite au tremblement de terre du 11 mars et au Tsunami qui l'ont dévasté, des questions se posent quant à la politique énergétique en France.
L'impasse nucléaire. Seul pays au monde à avoir l'essentiel de son électricité produite par le nucléaire, la France est enfermée dans une impasse. La plupart de ses réacteurs sont vieux, une trentaine d'années, certains d'entre eux et des ses centres nucléaires sont construits sur des failles sismiques actives (Cadarache, Tricastin, Marcoule, Fessenheim, Bugey). Tout cela pour assurer une hypothétique indépendance energétique (le minerai d'uranium est importé du Niger, d'Australie, du Canada), et dans l'espoir de fournir un marché à l'exportation qui reste exsangue puisque seule la Chine developpe réellement le nucléaire actuellement.
La construction recente d'un EPR en Finlande et d'un autre à Flamenville n'est que source de déboires financiers (coûts majorés de deux millards d'euros) et de retards de quelques années.
Mais le lobby nucléaire français continue à nous préparer un avenir radieux (ou irradié), et pour être sûr qu'une catastrophe n'en bloque pas le developpement, toutes les précautions sont prises pour en minorer l'impact, pour controler et rassurer les populations menacées (1). Dans le même temps on se garde bien de developper une politique alternative qui permettrait de se passer du nucléaire. Le nucléaire est indispensable à la France (et à sa frappe nucléaire!), il faut donc en accepter le risque.
Cela permet donc à nos dirigeants de prévoir un 2ième EPR à Penly, un Atméa (2) au Tricastin pour GDF-Suez, un Astrid (3) à Marcoule pour le CEA, et bien sûr Iter (4) à Cadarache...
Mais voilà, le japon nous rappelle une terrible réalité: Les réacteurs nucléaires doivent être toujours refroidis, même à l'arrêt, si la chaleur d'un réacteur à l'arrêt n'est pas assurée, la température augmente jusqu'à l'ebullition de l'eau, découvrant alors les assemblages dont les gaines commencent à fondre, puis les combustibles eux-mêmes, c'est la fusion du coeur et la catastrophe à laquelle nous assistons impuissants à Fukushima:
L’enceinte de confinement n’a pas résisté à l’explosion d’hydrogène qui a suivi le début de la fusion du coeur. Les produits volatils partent alors dans l’environnement : iodes, Cs, Sr et autres à demie-vie plus courtes.
Il se trouve justement qu'en France on joue avec le danger, les groupes de secours destinés à alimenter le coeur en cas de catastrophe des réacteurs 900MW ne sont pas fiables du fait de l'usure (coussinets).
Notons encore qu' il était prévu que Fukushima 1 soit mis à l'arrêt (apparemment définitif) le 26 mars 2011, et que Fukushima 3 dont l'arrêt est prévu pour 2016 venait d'être chargé en MOX(5)!
Peut-on esperer que ce qui se passe au Japon permette non seulement de mettre un terme aux projets de constructions, de ne pas prolonger la vie des réacteurs vieillissants, et enfin d'arreter le nucléaire en parallèle avec une véritable politique de l'énergie basée sur la sobriété, l'efficacité energétique, et le developpement des renouvelables?
Quant à notre région du sud-est, la plus nucléarisée de France, voire d'Europe, elle est menacée de seismes liés à la poussée de la plaque Afrique qui active les failles d'Aix-en-Provence sur laquelle est construit le centre nucléaire de Cadarache, les grandes failles d'Alès et de Nîmes qui encadrent les centres de Marcoule et du Tricastin. Le seisme de Lambesc de juin 1909 qui a détruit plusieurs villages nous rappelle que nous vivons sous un risque considérable. Les dégats sur les réacteurs de Tricastin ou de Cruas, et sur les centres nucléires de Marcoule et Cadarache seraient d'autant plus graves qu'on y trouve toute l'industrie du plutonium et de l'uranium.
Quand sera-t-il mis fin à cette terrible menace?
Pierre Péguin, 13 mars 11, 15h.
  1. www.coordination-antinucleaire-sudest.org , http://www.observatoire-du-nucleaire.org/, « pourquoi et comment on nous prépare à la catastrophe nucléaire » Pierre Péguin, dec 2010.
  2. Atméa, réacteur à eau sous pression, de type 3ième génération PWR évolué, de l'ordre de 1100MW,
  3. Astrid, réacteur de la filière developpée sans succès par le CEA, dite à neutrons rapides, au plutonium, refroidi au sidium liquide, suite de la série qui a conduit à Phénix arrété à Marcoule depuis peu, et superphenix en dementèlement à Morestel (Isère).
  4. Iter, qui doit étudier s'il est réellement construit, la fusion nucléaire, c'est à dire reproduire les réactions solaires en enceinte, avec tout ce qu'implique les risques liés au tritium, et les dégats écologiques de sa construction.
  5. MOX, combustible qui permet d'ajouter à l'oxyde d'uranium, du plutonium issu d'extraction de combustible usé. Technologie encore plus diffcile à gerer.

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